Mobiliser le secteur privé : un levier stratégique pour le développement

Mobiliser le secteur privé : un levier stratégique pour le développement
Mobiliser le secteur privé : un levier stratégique pour le développement
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Face à l’ampleur des défis de développement et à la nécessité de mobiliser de nouvelles sources de financement, le secteur privé s’impose désormais comme un partenaire stratégique pour atteindre les Objetifs de développement durable (ODD). En 2025, LuxDev a adopté une nouvelle modalité d’engagement du secteur privé garantissant un usage rigoureux des fonds qui lui sont confiés. Ce dossier revient sur les fondements, les pratiques et les réalisations d’une approche qui place l’innovation, l’impact mesurable et la coresponsabilité au coeur de l’action de l’Agence.


Un allié pour le développement

En 2025, la 4e Conférence internationale sur le financement du développement, tenue à Séville, a rappelé l’ampleur des besoins pour atteindre les ODD : près de 4 000 milliards USD d’investissements supplémentaires seraient nécessaires chaque année jusqu’à l’horizon 2030. Face à ce déficit de financement que les ressources publiques ne peuvent combler seules, l’Engagement de Séville réaffirme la nécessité de mobiliser l’ensemble des leviers – publics comme privés – pour soutenir la réalisation des ODD. 

Dans ce contexte, le secteur privé, reconnu comme moteur du développement durable, de la croissance économique inclusive et de la création d’emplois décents, apparaît comme un acteur essentiel aux côtés de l’aide publique au développement. Outre sa capacité d’investissement, ses modèles économiques permettent la poursuite des activités au-delà des cycles de financement traditionnels. Grâce à leurs structures organisationnelles, les entreprises disposent en outre d’une capacité d’innovation et de passage à l’échelle difficilement reproductible par les acteurs publics seuls. Ces derniers, garants de l’orientation, de la cohérence et de la régulation des politiques de développement, demeurent néanmoins indispensables pour assurer un impact véritablement inclusif et durable. Cette complémentarité rend aujourd’hui une action conjointe incontournable.


Développement vs. engagement : un positionnement innovant

Dans cette optique, LuxDev a choisi une voie spécifique : mobiliser les entreprises locales dans une logique d’engagement. Dans ses pays d’intervention, l’Agence s’associe à des entreprises à impact qui ne sont pas seulement bénéficiaires d’un appui ponctuel, mais bien coresponsables de l’atteinte des objectifs des projets et programmes qu’elle met en œuvre. Cette démarche permet de soutenir des modèles économiques capables de générer des effets durables sur l’ensemble d’une chaîne de valeur – fournisseurs, producteurs, salariés et clients finaux y compris.

Au cours de l’exercice 2025, cette approche a été formalisée à travers une nouvelle modalité d’engagement développée sur la base des premiers résultats de l’initiative LuxAidBusiness4Impact, lancée en 2023. Cette dernière regroupe trois fonds d’engagement avec le secteur privé qui donnent aux entreprises les moyens financiers dont elles manquent pour commercialiser, accélérer ou mettre à l’échelle une solution innovante.


Réussite : Biomassters structure une chaîne de valeur durable

Au Rwanda, l’entreprise BioMassters, cofinancée à hauteur de 334 000 EUR dans le cadre du projet LuxAidBusiness4Impact, illustre la manière dont l’engagement du secteur privé peut contribuer au développement de solutions durables. L’entreprise s’attaque à un enjeu majeur : la forte dépendance des ménages au bois et au charbon pour la cuisson, source de pollution domestique et de pression sur les écosystèmes forestiers.

BioMassters déploie un modèle économique innovant fondé sur la diffusion de poêles à granulés à haute performance et sur la vente de pellets – moins coûteux que le charbon – produits localement. Un mécanisme de cashback, financé par des crédits carbone, encourage l’adoption de la solution par les ménages. Grâce à cette initiative, plus de 5 400 utilisateurs ont déjà adopté ces foyers propres et témoignent d’une amélioration de leurs conditions de vie : augmentation vérifiée de leurs revenus, bénéfices significatifs pour leur santé grâce à la forte diminution de leur exposition aux fumées, etc. La réussite de ce modèle économique contribue à structurer une chaîne de valeur locale : production de pellets à partir de déchets de biomasse, création d’emplois verts, réduction des émissions de CO2 et des pressions sur les ressources forestières.

BioMassters ne se limite donc pas à déployer une technologie : elle met en place un modèle durable alliant impact climatique, inclusion économique et amélioration des conditions de vie. À ce titre, elle contribue directement aux objectifs poursuivis par l’Agence et s’aligne sur les efforts du projet SFERE, qui vise à restaurer les paysages forestiers dégradés, à améliorer les moyens de subsistance et à développer des chaînes de valeur énergétiques durables dans le nord‑ouest et l’est du Rwanda.


L'assurance d'un impact tangible

Pour garantir la qualité de ses partenariats avec le secteur privé, LuxDev a rédigé un guide opérationnel basé sur les enseignements du projet LuxAidBusiness4Impact et inspiré des meilleures pratiques internationales. Cet outil vise à assurer que les fonds publics confiés à l’Agence bénéficient uniquement à des acteurs dont les activités et les objectifs sont alignés avec les enjeux du développement.

Conformément aux principes formulés dans ce guide, le parcours d’une entreprise candidate au partenariat passe systématiquement par une phase de diligence raisonnable (due diligence) permettant à l’Agence d’atténuer les risques liés à un projet ou à un partenaire proposé. Pour prétendre à un cofinancement, le candidat doit non seulement prouver sa non-exposition à des critères d’exclusion par le biais d’un outil KYC (Know Your Customer), mais aussi remplir des conditions garantissant la qualité de la solution proposée et satisfaire des critères de prudence constituant un rempart contre d’éventuelles externalités négatives en matière de droits humains et environnementaux.

Également conditionné à l’atteinte de résultats clairement définis, le soutien accordé introduit une véritable culture de mesure d’impact au sein des entreprises. Conçue pour vérifier que les fonds publics confiés à l’Agence améliorent de manière tangible les conditions de vie des populations cibles, cette démarche s’avère aussi stratégique pour les entreprises elles-mêmes. En effet, de plus en plus de partenaires reconnaissent l’intérêt d’une compréhension fine de la valeur créée par un produit ou un service et mobilisent ces données pour ajuster leur offre, renforcer leur relation client et orienter leurs décisions de croissance. Les indicateurs de reporting de l’Agence, centrés sur la pertinence et la valeur ajoutée d’une solution, éclairent ainsi désormais les trajectoires d’expansion des acteurs accompagnés.


Témoignage : guider les entreprises dans la mesure de l'impact

Ambroise KIENTEGA, Technical Assistant pour le projet LuxAidBusiness4Impact au Burkina Faso, nous explique comment il accompagne les entrepreneurs burkinabè et maliens cofinancés par les fonds d’engagement de la Coopération luxembourgeoise.

Une fois sélectionnées, les entreprises signent un accord de cofinancement les engageant à atteindre des objectifs précis sur une période définie. Le versement des différentes tranches dépend de l’atteinte de ces résultats. Comme ces entreprises sont souvent à un stade précoce de développement, elles nécessitent parfois un accompagnement renforcé. En complément du suivi régulier des indicateurs, je leur apporte donc un appui technique et stratégique afin d’améliorer leurs performances, de surmonter les difficultés rencontrées et d’assurer une mise en œuvre effective du projet cofinancé.


Des partenariats qui transforment

Résultats d’une initiative pionnière

En 2025, le projet LuxAidBusiness4Impact a confirmé son rôle central dans la mobilisation du secteur privé au service du développement. Au total, ses trois fonds d’engagement ont engendré l’ouverture de 1 700 candidatures. Ensuite, 26 projets ont été sélectionnés et cofinancés, pour un investissement global de 10,5 millions EUR, dont 4,9 millions EUR de la Coopération luxembourgeoise. Ces initiatives ont amélioré les conditions de vie de 15 000 personnes et contribué à pas moins de 13 ODD.

  • 26 projets

    financés


  • 10,5 MEUR

    déboursés

Instrument de mobilisation qui soutient le passage à l’échelle d’initiatives innovantes, le LuxAid Demonstration Fund a offert en 2025 un cofinancement à 12 entreprises pionnières au Sénégal, au Rwanda et au Kosovo. Issus de secteurs variés, les lauréats partagent une même ambition : proposer des modèles économiques porteurs de transformations durables. 

Au Sénégal, par exemple, Kaoplast s’attaque à la pollution plastique en structurant une filière de collecte, de tri et de recyclage des déchets. En créant une véritable économie circulaire autour du plastique, l’entreprise génère des revenus stables pour des centaines de collecteurs et fournit à l’industrie locale une matière première valorisée. Grâce à un cofinancement de 350 000 EUR, Kaoplast prévoit d’augmenter les revenus de ses collecteurs de 15 % et d’en embaucher 200 supplémentaires d’ici fin 2026, de produire 300 tonnes de granulés et d’éviter 800 tonnes de CO2 par an.

Soutenant des initiatives innovantes dans une phase de développement plus précoce, le LuxAid Challenge Fund (LCF) a de son côté cofinancé, en 2025, sept projets à fort impact au Bénin et quatre entreprises kosovares s’attaquant à des défis urgents. 

Parmi elles, Qendra Profesionale për Gjithëpërfshirje (QPGJ) développe une solution pionnière pour pallier le manque d’assistants spécialisés dans l’accompagnement scolaire des enfants à besoins spécifiques. L’entreprise a mis au point un programme de formation combinant cours théoriques en ligne et stages. Ce programme hybride, accessible sur tout le territoire, ouvre de nouvelles perspectives à de jeunes adultes – pour la plupart issus de zones rurales et sans emploi – et répond à une demande massive, avec 1 200 candidatures pour 120 places disponibles la première année. Grâce au soutien du LCF, QPGJ formera 75 nouveaux assistants supplémentaires et apportera un appui direct à autant d’enfants.

La Business Partnership Facility : une décennie de mobilisation

Premier fonds d’engagement avec le secteur privé mis en place par l’État luxembourgeois et troisième fonds constituant le projet LuxAidBusiness4Impact, la Business Partnership Facility (BPF), qui soutient des collaborations innovantes entre des entreprises basées dans l’Union européenne et des entités implantées dans un pays en développement, est entrée dans sa 10e année d’activité en 2025. Depuis son lancement, 54 projets ont été appuyés dans plus de 20 pays, représentant 15,5 millions EUR d’investissements totaux, dont 5,3 millions EUR de cofinancement de la Coopération luxembourgeoise. Ces initiatives ont permis de créer 2 229 emplois et d’améliorer les conditions de vie de plus de 100 000 personnes, illustrant l’impact que peuvent générer innovation, entrepreneuriat et coopération au développement lorsque leurs objectifs s’alignent. Ces projets reposent sur des partenariats étroits entre entreprises européennes et acteurs locaux, favorisant le transfert de savoir-faire et l’adaptation des solutions aux contextes d’intervention.

La BPF permet ainsi aux entreprises de tester, d’adapter et de déployer des solutions innovantes tout en partageant les risques liés à leur développement. Elle a notamment soutenu IBISA, une insurtech luxembourgeoise, dans le déploiement d’une solution d’assurance climatique. D’abord testée au Niger, celle-ci a ensuite été étendue à l’Afrique de l’Ouest, où elle permet aujourd’hui à quelque 2 500 pasteurs de sécuriser leurs revenus et activités face aux aléas climatiques, notamment grâce à un système d’indemnisation plus rapide que les systèmes d’assurance traditionnelle.

Dans un autre registre, la BPF contribue également à structurer des secteurs clés à travers des projets à fort impact local. En Côte d’Ivoire, par exemple, l’appui à la société luxembourgeoise BCE et à son partenaire ivoirien SGM a contribué au lancement de la chaîne NCI, premier média audiovisuel indépendant et pluraliste du pays, touchant aujourd’hui près de 500 000 ménages. Le projet a permis de créer quelque 100 emplois directs depuis 2019 et de former une cinquantaine de professionnels locaux, constituant désormais un modèle réplicable pour d’autres marchés.

Au terme de cette première décennie, la BPF a démontré sa capacité à transformer des initiatives pilotes en solutions durables, qui continuent de se déployer à plus grande échelle.

Une approche répliquée

Capitalisant sur l’expérience du projet LuxAidBusiness4Impact, LuxDev réplique désormais cette approche d’engagement du secteur privé dans certains programmes de coopération bilatérale

Au Vietnam, l’entreprise Mekong Herbals participe ainsi à l’atteinte des objectifs du projet Finance for resilience. Cette initiative vise à améliorer la résilience des agriculteurs et des petites entreprises de la région de Hué, particulièrement exposés aux effets du changement climatique et aux évolutions d’un marché de plus en orienté vers les produits biologiques. Dans ce contexte, l’Agence applique une approche de développement des systèmes de marché, afin de garantir que l’agriculture y demeure un moyen de subsistance durable. Des filières agricoles viables, présentant un fort potentiel en matière d’inclusion des femmes et d’adaptation au changement climatique, ont ainsi été identifiées. Parmi celles-ci, la filière de l’hibiscus a été retenue. Un partenariat a été établi avec Mekong Herbals, transformateur et exportateur vietnamien désireux de s’approvisionner en fleurs de qualité. 

Dans le cadre de ce cofinancement, combinant des fonds de la Coopération luxembourgeoise et un investissement propre de l’entreprise, Mekong Herbals s’est engagée à encourager les producteurs de Hué à adopter des pratiques durables. Cette démarche se traduit notamment par une offre de contrats d’approvisionnement d’une durée de cinq ans avec des prix d’achat garantis, la dispense de formations, ainsi que la mise en place d’une pépinière et d’une unité de production d’engrais organiques. Ce partenariat illustre la capacité du secteur privé à générer des modèles économiques durables et à renforcer la résilience des communautés rurales.

Dans la région du Sahel, le secteur privé a été particulièrement sollicité pour atteindre les objectifs des programmes de coopération bilatérale mis en œuvre dans le secteur de la formation et de l’emploi. 

Au Sénégal, par exemple, la Laiterie du Berger a permis de construire de solides ponts vers l’insertion en contribuant au projet de ferme-école de Niary. Fruit d’un partenariat entre le Centre de formation professionnelle de Dagana, la coopérative Kossam SDE et des acteurs du secteur privé, cet établissement a permis de former et insérer 144 jeunes femmes en gestion de mini-ferme et production laitière. L’entreprise a non seulement apporté son expertise sectorielle au projet, mais a aussi orienté les contenus de formation vers les besoins du marché et facilité l’insertion des bénéficiaires dans une chaîne de valeur existante, faisant de cette initiative un levier d’employabilité et d’entrepreneuriat ancré dans l’économie locale.

Le projet Croissance durable et inclusive au Kosovo s’est également rapproché du secteur privé en soutenant un programme de subvention à l’innovation destiné aux entreprises kosovares. 

Cofinancé par le Grand-Duché de Luxembourg et mis en œuvre en collaboration avec le ministère kosovar de l’Industrie, de l’Entrepreneuriat et du Commerce, ce mécanisme accompagne le développement de solutions innovantes telles qu’Andrra App, une plateforme désormais enrichie par l’intelligence artificielle. Cette application regroupe dans un même outil albanophone le suivi des cycles menstruels, la planification familiale, des conseils sur la grossesse et un accompagnement parental, transformant la manière dont les familles kosovares accèdent à des informations fiables en matière de santé et de bien‑être.


Témoignage : une approche complémentaire aux conceptions plus traditionnelles

Murielle HERMOUET, Resident Representative pour LuxDev à Bamako, revient sur l’expérience du LCF au Mali et sur la manière dont l’approche secteur privé s’intègre désormais dans les programmes de coopération.

Lancée fin 2023, cette expérience a permis à notre bureau de mieux comprendre le secteur privé malien grâce à une cartographie de l’écosystème entrepreneurial, initialement réalisée pour soutenir la diffusion de l’appel à projets du LCF. 

Les procédures développées ont ensuite inspiré la création d’un fonds destiné aux PME innovantes dans le cadre du programme Développement rural et sécurité alimentaire. Cette expérience a également renforcé les compétences des équipes, notamment en matière de diligence raisonnable, expertise qui sera réutilisée dans un futur projet de formation professionnelle financé par l’Union européenne. 

Plus largement, le LCF a fait évoluer la perception de l’appui au secteur privé au sein du bureau, en apportant une approche complémentaire aux pratiques plus traditionnelles de la coopération.


La finance d'impact, une continuité stratégique

Forte de l’expérience acquise à travers ses fonds d’engagement avec le secteur privé, LuxDev est désormais en mesure de franchir une nouvelle étape. L’objectif : mettre à l’échelle ce type d’engagement et en assurer la durabilité. Il ne s’agit plus uniquement de cofinancer des entreprises à impact, mais également de structurer et d’investir dans des fonds ou des intermédiaires financiers privés afin de mobiliser des capitaux vers des activités contribuant de manière tangible aux objectifs de développement.

Cette approche d’investissement indirecte vise non seulement à appuyer davantage d’acteurs, mais aussi à faire émerger, au sein du portefeuille de l’Agence, des fonds et des entreprises capables d’attirer des investisseurs tout en préservant leur intentionnalité sociale, environnementale et économique. À cette fin, LuxDev a également mis en place ou soutenu des facilités d’assistance technique ciblant ces acteurs. Le SSNUP (Smallholder SustaiNability Upscaling), par exemple, les accompagne dans la structuration de leur modèle économique, l’amélioration de leur gouvernance, la consolidation du suivi de leur performance ou de la mesure d’impact.

Par ailleurs, LuxDev entend capitaliser sur l’expertise du Luxembourg en matière de fonds d’investissement au bénéfice des marchés financiers locaux, comme en témoigne le projet d’appui au développement du Kigali International Finance Centre exécuté au Rwanda. Cette orientation devra toutefois rester guidée par la mission de l’Agence. La mobilisation de capitaux privés n’a de sens que si elle génère des résultats tangibles, inclusifs et durables pour les populations. À mesure que son portefeuille d’entreprises s’étoffe et que ses partenariats se consolident, LuxDev pourra ainsi opérationnaliser une approche dans laquelle le secteur privé devient à la fois partenaire de terrain et partenaire financier, au service du développement durable.